~ le carnet ouvert ~

Humeurs du jour

Quelques lignes lâchées au fil des matins. Ni journal, ni manifeste — juste la trace de ce qui m'a traversée.

Tout ce qui mérite d'être écrit l'est déjà

Ce matin le soleil traverse la cuisine en biais et fait danser la poussière. Je me dis que c'est exactement le décor que je voudrais pour la pièce que j'écris en ce moment — sauf que personne ne paye un éclairagiste pour reproduire la lumière de mai à dix heures vingt.

Je relis Annie Ernaux. La place, encore. Elle a cette manière de poser les choses sans appuyer. Je voudrais écrire comme ça, un jour. Pour l'instant j'enlève des adjectifs. Beaucoup d'adjectifs.

écrire, c'est aussi savoir s'effacer pour que la chose vue puisse rester

L'atelier de mardi dernier m'a remuée. Une participante a osé dire à voix haute la phrase que personne n'osait dire dans sa famille depuis trente ans. C'est ce qui se passe quand on tient un cadre suffisamment doux : les mots sortent tout seuls.

La Lune, encore

Troisième fois ce mois-ci que je tire la Lune. C'est devenu presque un dialogue. Elle me regarde, je la regarde. Les choses ne sont pas ce qu'elles paraissent être, je l'ai bien compris.

J'ai annulé mon rendez-vous de l'après-midi. Décider de ne décider de rien, ce n'est pas de la procrastination — c'est une forme d'écoute. La Lune ne dit pas fais ceci, elle dit attends, regarde mieux.

Promenade au bord de la rivière à la place. Une héronne. Un saule qui pleure proprement. Le soir, l'évidence est revenue toute seule, comme une amie qui sonne à la porte.

Six souffles dans une pièce

Atelier prise de parole ce soir. Six personnes, six souffles différents. Marc qui retient tout dans le ventre. Sophie qui parle trop vite, comme si elle s'excusait d'exister. Léa qui chuchote quand elle a quelque chose d'important à dire — exactement le contraire de ce qu'on attendrait.

On a travaillé une heure sur la respiration. Pas de texte, pas de scène, juste le souffle. Et puis on a lu — chacun à son tour, un texte qu'il avait apporté. Sophie a pleuré en lisant le sien. Pas de chagrin : du soulagement.

parler n'est pas performer, c'est se rendre disponible à ce qui veut être dit

Je rentre vidée et lumineuse à la fois. C'est dans ces moments-là que je comprends pourquoi j'ai trois métiers qui n'en font qu'un.

Reiki à distance, premier essai sérieux

Séance reiki avec C. ce matin. Elle est à Bruxelles, moi dans mon atelier. C'est la première fois que j'accepte une séance à distance sans douter en cours de route.

Quelque chose s'est ouvert au niveau du plexus, vers la moitié. Je l'ai sentie comme si elle était à un mètre de moi. Elle m'a écrit après : « j'ai pleuré, mais des bonnes larmes, tu sais ».

Je ne sais pas comment ça marche. Je sais juste que ça marche quand je suis vraiment là. Le reste, je laisse aux scientifiques et aux sceptiques — ils ont raison aussi, à leur manière.

Un dimanche sans écran

Pari tenu : pas un seul écran de la journée. J'avais oublié à quel point la lecture profonde change le rythme du dedans. J'ai relu les premières pages de Belle du Seigneur trois fois, juste pour le plaisir de la phrase qui se déroule.

L'après-midi, j'ai cuisiné une tarte à l'oignon avec ma voisine. Elle a 82 ans et m'a expliqué la vraie technique de la pâte brisée — celle qu'on fait du bout des doigts, sans rouleau. « Avec les mains chaudes, ça ne marche pas. Il faut les passer sous l'eau froide d'abord. » J'ai pris des notes sur un coin de papier.

C'est ça aussi, transmettre. Pas besoin de scène ni d'atelier, parfois.

Premier mai, et alors ?

Le muguet. Tout le monde s'envoie des photos de muguet. Je résiste — non par snobisme, par fatigue. Et puis ma filleule m'envoie un vocal de neuf secondes : « regarde tata, j'en ai trouvé dans le jardin de mamie ! ». Bon. D'accord. Je craque.

Mai, c'est le mois où je me rappelle que j'ai signé mon premier contrat de comédienne il y a exactement quinze ans. Quinze ans. La fille qui signait ce papier ne se doutait pas que ça la mènerait à apprendre le reiki, à donner des ateliers d'écriture, à tirer les cartes pour des inconnues sur internet.

il faut bien quinze ans pour comprendre qu'un métier, c'est juste un prétexte

Je ne sais pas où je serai dans quinze ans. C'est très bien comme ça.

Le jour où rien ne vient

Trois heures devant la page. Rien. Vraiment rien — pas même une mauvaise phrase à barrer. Le pire ce n'est pas le manque d'inspiration, c'est l'angoisse qui s'installe à côté.

J'ai fini par sortir, faire trois courses, passer à la médiathèque, m'asseoir sur un banc. Je n'ai rien écrit. Mais en revenant, j'ai compris pourquoi la scène trois ne fonctionnait pas : le personnage ment, mais il ne sait pas encore qu'il ment. Voilà.

Note pour moi-même : la page blanche est rarement sur la page. Elle est dans la tête. Aller dehors, toujours.

retour à l'atelier